Hier était un jour de fête pour moi, au cours duquel je m'étais promis de réitérer le prodige du 500 BF, aux commandes cette fois du mythique Discus. Donc décollage tôt dans la matinée, vers 11H00 locale avec des ballasts modestement lestés à 60 litres, l'estomac garnis d'un sandwich crudités-jambon rapidement avalé, le GPS et la volonté vrillés sur cet objectif récurant. La météo semble d'ailleurs assez favorable avec ses 3 à 4/8e de cumulus humilis surmontés d'un azur assez limpide, exempt d'altocumulus ou de cirrus - tous deux ennemis farouches d'une convection puissante et bien organisée. Dès le largage, je ne perds pas trop de temps dans le proche local-terrain et entame avec détermination ma progression vers le sud, aux limites d'une forêt de Rambouillet toujours égale à elle-même et surmontée de nombreux cumulus assez prometteurs. Mais le ramage des cumulus ne vaut pas toujours leur plumage, néanmoins on trouve de temps à autre quelque excellente Vz supérieure à 2 m/s. Le plafond des nuages, n'est, lui aussi, pas fantastique, seulement de 1050 à 1100m ; mais il y a encore de l'espoir étant donné qu'il est assez tôt. Chartres est atteint en moins de 3/4 d'heure puis Bonneval 68 mn après le départ. A 73 km/h de moyenne, je reste encore dans les temps pour parcourir un 500 km en 7 heures de vol... Ensuite, tout se complique à partir de l'entrée dans la zone contrôlée de Châteaudun qui s'étend sur ma route jusqu'à moins de 10 km de Vendôme. Le contrôleur demande aux vols de planeurs de maintenir une altitude supérieure à 3000 pieds QNH (env. 900m) pendant toute la traversée. Avec un plafond maximum à env. 3800 pieds sur mon alti., cela ne laisse que peu de marge pour transiter... De plus, les étalements de cumulus au dessus de la zone se soudent presque complètement, et j'observe devant moi un grande barre noire à partir de Cloyes et dans la direction de Vendôme. Tout cela ne me dit rien de bon, mais je ne peux plus faire demi tour, engagé comme je suis dans la zone contrôlée. Heureusement, je suis presque au plafond, ce qui me permet de cheminer dans des zones à Vz positive qui maintiennent mon altitude au dessus de 3000 pieds. Au sud de Frêteval le ciel s'éclaircit et j'aperçois à nouveau des cumulus moins noirs et moins gigantesques à la verticale de Vendôme, le premier point de virage que je m'étais assigné. 19 mn plus tard la gare SNCF de Vendôme est contournée et le cap affiché au nord en direction de Gournay, mon 2e point de virage. Presque 2 heures de vol et une moyenne de 69 km/h depuis le départ ; c'est encore bon pour les 500. Les 49 km de la zone contrôlée de Chateaudun sont retraversés en 53 mn soit un peu plus de 55 km/h avec une composante de vent de face. A l'approche de Chartres, les cumulus se font de plus en plus rares, mais le plafond monte jusque vers 1300m. Au nord de Chartres, plus un seul cumulus, maintenant il faut progresser tout droit devant, sur la route en espérant trouver une bonne Vz avant d'être trop bas. Cap vers Maintenon, le long du coteau nord de la vallée de l'Eure. Étrangement, tout au long du cheminement, je ne perçois aucun des signes ordinaires de thermiques purs, pas de nuelles très vaguement laiteuses au niveau de la couche d'inversion brunâtre, pas non plus le moindre frémissement des ailes pendant toute la traversée, bien au contraire, j'encaisse une superbe longue "dégueulante" à - 4 m/s à l'approche des faubourgs sud de Nogent-le-roy. Altitude 600m, cap sur le centre ville, puis sur la zone industrielle à l'ouest... Rien, si ça continue je suis bon pour aller me poser sur le terrain d'ULM à 5 km plus au sud. 500m à l'alti, des frémissements à gauche, j'engage le virage, ça "dégueule" à moins 2, je termine le 360° pour revenir en ligne droite face au nord, le vario électrique re-couine du positif, mise en virage à gauche l'aiguille du vario oscille entre +0.5 et -0.5. Après 2 à 3 tours, le bilan à l'intégrateur indique +0.1 m/s, ce n'est pas cela qui me sortira du pétrin dans lequel je me suis fourré. Je tourne et retourne dans toutes les directions au dessus de la ville car ce n'est pas possible qu'il n'y ait rien ici. Finalement, après moultes circonvolutions patatoïdales sur la zone industrielle je centre un timide +0.60 m/s qui se transforme progressivement en 1.5 moyen. Ouf ! A 1200m d'altitude, je suis sauvé de la "vache-ULM" et je peux poursuivre ma route vers le nord. Cap sur des nuelles au-dessus de Houdan. Tout au long de la traversée, la masse d'air ne semble pas trop agitée de courants ascendants, mais sous les nuelles je refais un plafond de env. 1250m, de quoi avancer plus au nord en direction de Mantes. Travers Septeuil je trouve une assez mauvaise Vz que j'abandonne pour aller au dessus de Mantes où j'espère bien trouver du bien meilleur. Mauvaise pioche ! j'arrive à 700m sur le péage de l'autoroute (une importante surface goudronnée) - cela devrait donner... rien ! J'avance en direction de la gare de triage (une importante surface sombre de ballast et de rails) - cela devrait aussi donner... encore rien, pas le moindre frémissement ! Cap sur le vaste ensemble de HLM du "val fourré", c'est bien le diable si... toujours rien ! Maintenant 500m à l'alti - je vais devoir me "foutre au tas" dans le coin... Juste avant d'arriver sur Mantes, j'avais repéré un unique et vaste champ (au moins 7 à 800m de long) à peu près bien orienté dans l'axe du vent et récemment labouré... Cap au sud sur ce champ qui maintenant est assez haut sur mon l'horizon à cette altitude, il doit y avoir 5 à 6 km à parcourir... Tiens ! Il y a les tôles de l'hypermarché pile sur le cap de ralliement, peut-être que... ? Je trouve un petit 0 m/s que j'enroule à gauche avec avidité, en principe il devrait y avoir à proximité une Vz positive... Un tour... Deux tours, trois tours, toujours un zéro très légèrement positif à l'intégrateur... Je pourrais tenir là encore quelque temps, d'autant que le vent me ramène doucement vers le champ... Ce n'est pas viable. Et puis ce sera mon troisième atterrissage sur Discus, dans un champ dont je n'ai pas pu apprécier ni l'état du sol, ni la déclivité en passant trop haut tout à l'heure... Je ne suis plus qu'à peine à 400 m sur mon alti... Il faut absolument aller à la verticale pour mieux se rendre compte... Soudain à 1 km en bordure ouest du champ, le vario se met à couiner furieusement du 1.5 m/s en même temps que l'aile gauche se soulève, j'enroule à gauche et l'intégrateur me confirme un peu plus de 1 m/s moyen. Ouf ! Il était temps... Je regrimpe à 1150m puis mets le cap direct sur mon terrain de départ situé à seulement 23 km, c'est suffisamment d'émotions pour une belle journée de "fête". Bilan 295 km parcourus à 60 km/h de moyenne, avec 2 points bas suivis de raccrochages difficiles. Une bonne journée vélivole somme toute.