CEDO_2

Puimoisson - Le hangar « à ciel ouvert »

Cette saison vol à voile 2009 étant la dernière avant mon prochain départ en retraite, j'ai choisi de nous offrir, à « Delta-Oscar » (mon fidèle Ventus) et à moi-même, un petit séjour à Puimoisson, un terrain très favorable au départ en grand-vol sur la « haute-montagne » alpine. Les années prochaines de vaches maigres ne me permettront plus des vacances aussi dispendieuses, quoi qu'on en dise. On pourrait considérer cela comme un ultime « chant du cygne » vélivole.

A Puimoisson, les installations aéronautiques sont assez succinctes : seulement en 2 courtes pistes en gravier vaguement herbeux, un bureau de réception, ainsi qu'une salle de briefing qui sert aussi de restaurant enfin quelques chalets  et caravanes d'habitation car nous sommes à 4 ou 5 km du premier patelin, au bout d'un long chemin agricole tout cabossé. C'est tout ; ici point de hangar, ni d'atelier et nos beaux planeurs (hors de prix) doivent être « stockés » dans la remorque, sinon  en plein air, aux intempéries qui dans la région peuvent parfois être assez violentes (orages). Malgré cela, le terrain est « bondé » de riches allemands et de suisses alémaniques - je n'ai jamais vu voler en même temps autant de Nimbus et de Ventus à décollage autonome sur un même terrain.

Nous ne sommes que 3-4 pilotes français seulement, c'est dire l'ambiance du « briefing » le matin. Je ne comprend absolument rien  aux discours germaniques  et suis obligé de me contenter du bulletin météo de St Auban sur le web...

Cela mis à  part, le temps ici est véritablement torride (grand soleil tous les jours et env. 35 degrés  minimum au sol ). Pour le moment, je me contente de 3 à 4 heures de vol par jour ; c'est bien suffisant pour explorer à tâtons les particularités des impressionnantes montagnes environnantes. Les ascendances sont « joufflues » (de 3 à 7-8 m/s) les « dégueulantes » aussi. Pour le moment, les « plafonds » sont très confortables (entre 3000 et 3700 m d'altitude sous cumulus), ce qui permet en principe de  parcourir des distances considérables - enfin pour ceux qui ont une bonne connaissance de l'environnement...

Hier mardi, 2e jour de vol ici pour moi, quelle audace je me suis aventuré seul dans la montagne jusqu'à 65 km du terrain, jusqu'au lac de Serre-ponçon, le long de ce que l'on nomme ici le « parcours du combattant ». Là-bas, au bout du parcours vers 3000m d'altitude, il y avait une véritable nuée de parapentistes, tous virevoltant dans une unique ascendance - j'en évalue le nombre entre 50 & 70. Il y en avait tellement qu'ils formaient un véritable essaim, si dense que je n'ai même pas osé aller spiraler avec eux (trop dangereux pour tout le monde).

Cette après-midi, ce fût assez vite « bâché » pour moi : un méchant gros nuage noir de forte pluie, bloqué derrière la « Serre de Montdenier » hésitait longuement à passer sur le terrain. Ce ne fût donc pour moi qu'un court vol de 30 mn seulement, en proche local du terrain, à observer les valses-hésitations de l'orage, suivi  d'un très rapide atterrissage en sécurité, juste avant que cela ne se gâte trop pour ma modeste expérience de ce tour de piste pour le moins « rock and roll ». La fin de cette triste après-midi a été  consacrée au "dépannage" d'un autre pilote français, très expérimenté, qui, en tentant de se poser juste devant l'orage tout proche,  à cause d'un cisaillement de vent, s'est retrouvé au fond du ravin qui borde la piste au sud. Plus de peur que de mal pour le pilote, mais la machine y a laissé un petit morceau de bout d'aile, arraché lors de la prise de contact un peu vive avec le sol d'une providentielle et microscopique jachère ... Mais non, le vol à voile de montagne n'est pas un sport dangereux, seulement un peu risqué parfois, lorsque l'on sous-évalue les possibles facéties et la puissance sur-dimensionnée des éléments naturels que sont les brusques rotations du vent au sol devant l'orage ou la pluie violente sous ces mêmes orages...