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Le cockpit d'un "branleur de manche"

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Le cockpit d'un "branleur de manche"
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12 juillet 2011

Convivialité

Assez souvent ici ou là, au détour de quelque conversation mondaine, on peut entendre le « vulgum pecus » (évidemment d'un certain âge) déplorer ce qu'il a tendance à appeler : « l'effet détestable » de toutes ces nouvelles technologies personnelles de communication sur les antiques pratiques de socialisation. Pêle-mêle, on peut entendre : «…aujourd'hui, les gens passent de plus en plus de temps derrière leur écran..., ils ne se parlent plus que par écrans interposés…».

Pour ma part, j’aurais tendance à croire qu’il ne faut pas voir cela comme quelque chose de néfaste pour les relations humaines. Ce ne sont seulement que de nouvelles possibilités en plus et non pas à la place de. Des choses dont les gens ont un réel besoin, sinon ils ne les utiliseraient pas massivement, des  choses qui viendraient augmenter les possibilités de dialogue, d'échanges, de rencontres même…

La convivialité comme ils disent, elle n’avait pas besoin de ces technologies de la communication pour en prendre un sacré coup. Dans ce pays, les gens sont en général plutôt « frileux », ils se méfient de l'autre, de leur voisin, surtout si celui-ci leur sourit (à ce titre je pourrais développer au moins deux anecdotes de voisinage autour de mon arrivée de « parisien » à Gallardon (Eure & Loir)... A cette époque j’étais de « ces étrangers qui achètent nos maisons » et dont il faut se méfier surtout s’ils viennent vers vous car « c’est certainement pour vous prendre quelque chose d’autre »…

En France, partout (j’ai expérimenté le bassin parisien, mais aussi le Sud-ouest, le pays basque…), les gens ne sont pas très accueillants de prime abord ; certainement pas comme le passant peut être accueilli par exemple en orient, au Liban, au Maroc, ou encore au Canada francophone…

A propos de convivialité, je me souviens d'une brève escale à Gibraltar, au retour d'un périple de tourisme aérien au Maroc, afin d'y passer le réveillon du premier de l'an. Alors que nous déambulions dans les rues, sans autre but que de découvrir cette cité pour le moins exotique, nous avons été invité plusieurs fois à entrer dans les maisons, comme ça, sans façons, en toute cordialité, en toute amitié internationaliste je dirai... Je garde de ce moment, de tous ces "anglo-hispaniques" attachants, un souvenir plus qu'ému...

La « convivialité » comme les gens le disent ici ne s’exerce en général que pour un tout petit cercle assez restreint de proches, d’amis ; c’est ce que j’ai pu constater en général... Sauf si on est quelqu’un d’exceptionnel, d’exotique - un peu comme le turc des Lettres persanes de Montesquieu. Je m’explique : Cela fait 40ans au bas mot, que je me pose « aux vaches », dans un champ avec un planeur, un peu partout en France, et qu’ensuite je suis tributaire de la venue tardive de mes « dépanneurs »… Donc je dispose de pas mal de temps d’attente que je consacre volontiers à l’exploration de l’environnement géographique, mais aussi humain. En général des gens viennent voir surtout le planeur, parfois en nombre. Les urbains ont tendance à ignorer totalement le pilote, les ruraux aussi, sauf si celui-ci va volontiers vers eux (c’est mon cas, car j’ai toujours le cœur d’un géographe de terrain) ;  j’invite les enfants à s’installer au poste de pilotage pour voir (éventuel éveil de vocation) et, de fil en aiguille, l’extra-terrestre que je suis alors s’humanise aux yeux de mes interlocuteurs, et je suis invité à partager une boisson, un repas, voire même à dormir chez les gens. Chez les agriculteurs, je peux visiter l’exploitation, participer à la traite des vaches, ou même à monter sur la moissonneuse-batteuse en activité...  Ça m’est arrivé, assez souvent, un peu partout, en Champagne, dans le Perche, près de Chatelleraux, du côté de Loué, du Mans et même dans les Pyrénées espagnoles (en montagne) ; mais seulement en tant qu’extra-terrestre tombé du ciel…

Je crois vraiment, cela depuis bien longtemps, que la supposée convivialité dont les uns ou les autres se gargarisent volontiers, l’ouverture à l’autre dans cette société, n’est qu’un mythe purement rhétorique, une illusion qui cache la réalité d’un monde microcosmique méfiant et replié sur une sorte d’entre-soi très homogène.

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10 juillet 2011

Les sensations du vol en planeur

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Chaque fois qu'il m'est donné de discuter de mon activité de pilote de planeur avec un néophyte, tôt ou tard surviennent toujours les mêmes sempiternelles questions   : à savoir quelles sont les «sensations» (sous-entendu d'extraordinaire nirvana) que le pilote éprouve en immersion dans ce si merveilleux vol silencieux.

Et, au plus grand étonnement de mon interlocuteur, je me dois de détruire toutes les illusions que celui-ci peut avoir sur le sujet. A commencer par celle d’un vol silencieux car l'ambiance sonore d'un cockpit de planeur moderne est plus que bruyante avec le chuintement continu des filets d'air autour de la verrière et du fuselage, les bip-bip graves ou aigus de cet indispensable compagnon d'ascension qu'est le variomètre électronique, la cacophonie des communications-radio souvent oiseuses et inutiles des autres vélivoles qui ont de plus en plus tendance à considérer cet outil comme un  téléphone personnel.

Quant aux autres supposées «  sensations  » physiologiques qui font toujours le ravissement du «baptisé de l'air  » - ou au contraire son écœurement définitif au sens propre : elles sont liées à une sensibilité extrême des « capteurs» de l'oreille interne du «  terrien  » habitué à se déplacer dans seulement deux dimensions.

Pour ma part, les vols réels (ou virtuels) ne me procurent plus de « sensations » - je crois que je ne suis pas vraiment un sensuel et encore moins un romantique… D’une manière ou d’une autre, c’est toujours dans la tête que je vole ; je crois être ce que certains appellent un pur « mécaniste », un « cérébral »...! Je plaisante bien sûr !

 

Plus sérieusement, quand on a plusieurs milliers d’heures de vol, l'accoutumence aux divers mouvements de l'engin fait qu'on ne ressent plus grand-chose de tous ces présumés effets du vol (accélérations, vertiges...), mise à part l’éventuel coup-de-soleil quand il y en a trop et pas assez d’ombre de nuages, ou parfois, au printemps ou en montagne (à 3 ou 4000m), quand on vole trop longtemps aux alentours de l’altitude de l’isotherme zéro degré, on peut éprouver une prosaïque mais furieuse envie de « pisser »… C’est à peu près tout ce que je peux ressentir, physiologiquement bien sûr.

 

En réalité, qu’il soit virtuel (logiciel Condor) ou réel, un vol en planeur moderne c’est très technique et cela procure constamment une « charge de travail » mental assez importante  : il faut observer les conditions aérologiques qui évoluent sans cesse, prendre des décisions toutes les 2 minutes environ en ce qui concerne la navigation (choix de ce que l’on appelle un bon cheminement), décider quand on doit prendre, ne pas prendre ou quitter une ascendance, faire et analyser des calculs de vitesse (ascendante ou sur trajectoire), de finesse, de distances pour déterminer si « ça passe » ou pas, respecter enfin la réglementation des espaces aériens traversés (dans les 3 dimensions)…  Souvent on a à peine le temps d’admirer le paysage au sens ou les terriens ordinaires l’entendent. On le voit bien, en vérité c’est une activité mentale intense, de « dingue » en quelque sorte ; d’ailleurs, selon moi, c’est pour cela que notre recrutement a toujours été des plus limité.

 

21 septembre 2010

« Patrimoine » aéronautique !

Samedi dernier, c'était les « journées du  patrimoine », partout en France et même en Europe parait-il. Aussi, je me suis mis en tête d'aller visiter les fameuses réserves du Musée de l'Air du Bourget (celles de Dugny) supposées contenir de précieux trésors de technologie aéronautique.

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D'emblée il me faut reconnaître qu'entre les deux fois 50-60 minutes du trajet automobile et les 3 bonnes heures de la visite proprement dite, ça fait une « belle promenade » qui vous bouffe pour ainsi dire la quasi totalité d'une journée... Mais bon ! J'adore faire ce pèlerinage au moins une fois l'an, cela depuis les années 65-66, alors que ce musée cachait ses merveilles rue des vertugadins à Meudon, près d'une soufflerie aérodynamique (de l'ONERA – si je me souviens bien), dans un petit hangar où tout était incroyablement entassé, pèle-mêle, comme dans une boutique de brocanteur...

Pour en revenir à ma visite-2010 des réserves, j'en suis ressortis passablement attristé de voir (et de photographier) bon nombre de ces mythiques machines apparemment stockées en vrac sous de vieux hangars poussiéreux ou confiées au hasards climatiques sur le tarmacadam de l'ancienne base de Dugny. En effet c'est une vraie pitié que de constater le triste état de dégradation de beaucoup de ces « gros » avions lentement détériorés par les rigueurs climatiques, car dans l'ensemble sur l'exposition du tarmac, on a véritablement l'impression de visiter un cimetière d'avions éclopés plutôt que les réserves d'une de plus riches collection au monde.

Je me doute bien que ce triste état des choses n'est peut-être pas la faute des actuels gestionnaires du musée qui d'ailleurs semblent faire beaucoup d'efforts pour restaurer chaque année un peu plus de nouvelles machines ; quoique je reste persuadé que tous ces beaux avions en voie de pourrissement sur les parkings pourraient être mieux préservés s'ils étaient démontés et mis par exemple en cocon ou dans de bonnes caisses bien solides qui de ce fait faciliteraient leur stockage sous abris...

Enfin, sur le front des restaurations en cours, la présence à Dugny de plusieurs associations de bénévoles (en majorité d'anciens professionnels de l'aéronautique civile ou militaire) constitue en soi une excellente nouvelle, et c'est une grande joie que d'entendre ces passionnés vous détailler avec moultes anecdotes leurs divers travaux d'investigations techniques sur les machines historiques qui leur sont confiées par le musée.

9 septembre 2010

CHINE - Technologie végétale (Bambou)

En marge de l'exposition universelle de Shanghai, il est encore temps (jusqu'au 19 sept.) de visiter à Paris (Fondation EDF de Paris) une formidable exposition des technologies végétales traditionnelles de la Chine rurale.

Il est aussi possible d'avoir un aperçu de l'exposition de cette collection d'objets exceptionnels sur le web au lien ci-dessous :

expo_edf_chine


2 septembre 2010

La face cachée du pétrole

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1 septembre 2010

Booster son lectorat !

Comme tout nouveau bloguer, j'étais tenaillé par l'angoisse de « booster le lectorat » de mon blog, quand au détour d'un clic de souris, je suis tombé sur cette article plein d'humour  et de conseils très avisés :

http://www.courrierinternational.com/article/2010/08/19/comment-booster-son-lectorat-quelques-conseils-a-al-qaida

booster

Une vraie bombe n'est-ce pas ? Une vraie mine à faire exploser (l'audience), il ne reste plus qu'à en prendre de la graine pour nos pauvres blogs d'amateurs   journalistes   ;-)

13 août 2010

Devoir de vacances désoeuvrées

Voici, je n'ai pas pu m'en empêcher un véritable "brûlot" qui peut largement se passer de mes mots :PLafargue

Quelques beaux morceaux choisis... Toujours d'actualité !

Paul Lafargue (extraits de "Le droit à la paresse - Réfutation du « droit au travail » de 1948").

[…] « M. Thiers, dans le sein de la Commission sur l’instruction primaire de 1849,

disait : « Je veux rendre toute puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme : jouis. » – M. Thiers formulait (ainsi) la morale de la classe bourgeoise dont il incarna l’égoïsme féroce et l’intelligence étroite. »...

[…] « La bourgeoisie, alors qu’elle luttait contre la noblesse soutenue par le clergé, arbora le libre examen et l’athéisme ; mais, triomphante, elle changea de ton et d’allure ; et aujourd’hui elle entend étayer de la religion sa suprématie économique et politique. Aux XVe et XVIe siècles, elle avait allègrement repris la tradition païenne et glorifiait la chair et ses passions, réprouvées par le christianisme ; de nos jours, gorgée de biens et de jouissances, elle renie les enseignements de ses penseurs, les Rabelais, les Diderot, et prêche l’abstinence aux salariés. »...

[…] « La morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chrétienne, frappe d’anathème la chair du travailleur ; elle prend pour idéal de réduire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions, de le condamner au rôle de machine délivrant du travail sans trêve, ni merci ».

[…] « Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste »... « Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu »...

[…] Les philosophes de l’Antiquité enseignaient le mépris du travail, cette dégradation de l’homme libre ; les poètes chantaient la paresse, ce présent des Dieux :

 O Meliboe, Deus nobis hoec otia fecit.

(« Ô Mélibée, un Dieu nous a donné cette oisiveté », Virgile, Bucoliques)

[…] Christ, dans son discours sur la montagne, prêcha la paresse : « Contemplez la croissance des

lis des champs, ils ne travaillent ni ne filent, et cependant, je vous le dis, Salomon, dans toute sa

gloire, n’a pas été plus brillamment vêtu. » (Évangile selon saint Matthieu, chap. VI.)...

 

[…] Les explorateurs européens s’arrêtaient étonnés devant la beauté physique et la fière allure des hommes des peuplades primitives, non souillés par ce que Poeppig appelait le « souffle empoisonné de la civilisation ». Parlant des aborigènes des îles océaniennes, lord George Campbell écrit : « il n’y a pas de peuple au monde qui frappe davantage au premier abord. Leur peau unie et d’une teinte légèrement cuivrée, leurs cheveux dorés et bouclés, leur belle et joyeuse figure, en un mot toute leur personne, formaient un nouvel et splendide échantillon du genus homo ; leur apparence physique donnait l’impression d’une race supérieure à la nôtre. » Les civilisés de l’ancienne Rome, les César, les Tacite, contemplaient avec la même admiration les Germains des tribus communistes qui envahissaient l’Empire romain. - Ainsi que Tacite, Salvien, le prêtre du Ve siècle, qu’on surnommait le maître des évêques, donnait les barbares en exemple aux civilisés et aux chrétiens : « Nous sommes impudiques au milieu des barbares, plus chastes que nous. Bien plus, les barbares sont blessés de nos impudicités, les Goths ne souffrent pas qu’il y ait parmi eux des débauchés de leur nation ; seuls au milieu d’eux, par le triste privilège de leur  nationalité et de leur nom, les Romains ont le droit d’être impurs. [La pédérastie était alors en grande mode parmi les païens et les chrétiens…] Les opprimés s’en vont chez les barbares chercher de l’humanité et un abri. » (De Gubernatione Dei.) La vieille civilisation et le christianisme naissant corrompirent les barbares du vieux monde; comme le christianisme vieilli et la moderne civilisation capitaliste corrompent les sauvages du nouveau monde.

[…] « Plus mes peuples travailleront, moins il y aura de vices, écrivait d’Osterode, le 5 mai 1807, Napoléon. Je suis l’autorité […] et je serais disposé à ordonner que le dimanche, passé l’heure des offices, les boutiques fussent ouvertes et les ouvriers rendus à leur travail. »

[…] Douze heures de travail par jour, voilà l’idéal des philanthropes et des moralistes du XVIIIe siècle : « Au premier congrès de bienfaisance tenu à Bruxelles, en 1857, un des plus riches manufacturiers de Marquette, près de Lille, M. Scrive, aux applaudissements des membres du congrès, racontait, avec la noble satisfaction d’un devoir accompli : « Nous avons introduit quelques moyens de distraction pour les enfants. Nous leur apprenons à chanter pendant le travail, à compter également en travaillant : cela les distrait et leur fait accepter avec courage ces douze heures de travail qui sont nécessaires pour leur procurer des moyens d’existence. » – Douze heures de travail, et quel travail ! Imposées à des enfants qui n’ont pas douze ans ! »

[…] « Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous ayez plus de raisons de travailler et d’être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste. Parce que prêtant l’oreille aux fallacieuses paroles des économistes, les prolétaires se sont livrés corps et âme  au vice du travail, ils précipitent la société tout entière dans ces crises industrielles de surproduction  qui convulsent l’organisme social. »

 

[…] Sous l’Ancien Régime, les lois de l’Église garantissaient au travailleur 90 jours de repos (52 dimanches et 38 jours fériés) pendant lesquels il était strictement défendu de travailler. C’était le grand crime du catholicisme, la cause principale de l’irréligion de la bourgeoisie industrielle et commerçante. Sous la Révolution (bourgeoise), dès qu’elle fut maîtresse, elle abolit les jours fériés ; et remplaça la semaine de 7 jours par celle de 10; afin que le peuple n'eût plus qu'un jour de repos sur dix. Elle affranchit les ouvriers du joug de l’Église pour mieux les soumettre au joug du travail. La haine contre les jours fériés n’apparaît que lorsque la moderne bourgeoisie industrielle et commerçante prend corps, entre les XVe et XVIesiècles. Henri IV demanda leur réduction au pape ; il refusa parce que « une des hérésies qui courent le jourd’hui, est touchant les fêtes » (lettre du cardinal d’Ossat). Mais, en 1666, Péréfixe, archevêque de Paris, en supprima 17 dans son diocèse. Le protestantisme, qui était la religion chrétienne, accommodée aux nouveaux besoins industriels et commerciaux de la bourgeoisie, fut moins soucieux du repos populaire ; il détrôna au ciel les saints pour abolir sur terre leurs fêtes. La réforme religieuse et la libre pensée philosophique n’étaient que des prétextes qui permirent à la bourgeoisie jésuite et rapace d’escamoter les jours de fête du populaire.

[…] (Ils) ont aboli les sages lois qui limitaient le travail des artisans des antiques corporations ; ils ont supprimé les jours fériés. Parce que les producteurs d’alors ne travaillaient que 5 jours sur 7. Ils avaient donc des loisirs pour goûter les joies de la terre, pour faire l’amour et rigoler ; pour banqueter joyeusement en l’honneur du réjouissant dieu de la Fainéantise. Rabelais, Quevedo, Cervantès, les auteurs des romans picaresques, nous font venir l’eau à la bouche avec leurs peintures de ces monumentales ripailles : ces fêtes pantagruéliques duraient des semaines. Ainsi Don Rodrigo de Lara gagne sa fiancée en expulsant les Maures de Calatrava la vieille, et le Romancero narre que :

Las bodas fueron en Burgos,

Las tornabodas en Salas :

En bodas y tornabodas

Pasaron siete semanas.

Tantas vienen de las gentes,

Que no caben por las plazas...

(Les noces furent à Burgos, les retours de noces à Salas :

en noces et retours de noces, sept semaines passèrent ;

tant de gens accourent que les places ne peuvent les contenir...)

Les hommes de ces noces de 7 semaines étaient les héroïques soldats des guerres de l’indépendance.

[…] la bourgeoisie a retiré de la classe ouvrière une masse d’hommes de beaucoup supérieure à celle qui restait consacrée à la production utile et l’a condamnée à son tour à l’improductivité et à la surconsommation. Mais ce troupeau de bouches inutiles, malgré sa voracité insatiable, ne suffit pas à consommer toutes les marchandises que les ouvriers, abrutis par le dogme du travail, produisent comme des maniaques, sans vouloir les consommer, et sans même songer si l’on trouvera des gens pour les consommer. Ils (la bourgeoisie) s’entourent de prétoriens, de policiers, de magistrats, de geôliers entretenus dans une improductivité laborieuse. On ne peut plus conserver d’illusion sur le caractère des armées modernes, elles ne se sont maintenues en permanence que pour comprimer « l’ennemi intérieur » ; c’est ainsi que les forts de Paris et de Lyon n’ont pas été construits pour défendre la ville contre l’étranger, mais pour l’écraser en cas de révolte. Et s’il fallait un exemple sans réplique citons l’armée de la Belgique, de ce pays de Cocagne du capitalisme ; sa neutralité est garantie par les puissances européennes, et cependant son armée est une des plus fortes proportionnellement à la population. Les glorieux champs de bataille de la brave armée belge sont les plaines du Borinage et de Charleroi ; c’est dans le sang des mineurs et des ouvriers désarmés que les officiers belges trempent leurs épées et ramassent leurs épaulettes.

[…] le grand problème de la production capitaliste n’est plus de trouver des producteurs et de décupler leurs forces, mais de découvrir des consommateurs, d’exciter leurs appétits et de leur créer des besoins factices.

[…] Des ignorants accusent de fraude nos pieux industriels, tandis qu’en réalité la pensée qui les anime est de fournir du travail aux ouvriers, qui ne peuvent se résigner à vivre les bras croisés. Ces falsifications, qui ont pour unique mobile un sentiment humanitaire, mais qui rapportent de superbes profits aux fabricants qui les pratiquent, si elles sont désastreuses pour la qualité des marchandises, si elles sont une source intarissable de gaspillage du travail humain, prouvent la philanthropique ingéniosité des bourgeois et l’horrible perversion des ouvriers qui, pour assouvir leur vice de travail, obligent les industriels à étouffer les cris de leur conscience et à violer même les lois de l’honnêteté commerciale.

[…] Puisque le vice du travail est diaboliquement chevillé dans le coeur des ouvriers ; puisque ses exigences étouffent tous les autres instincts de la nature ; puisque la quantité de travail requise par la société est forcément limitée par la consommation et par l’abondance de la matière première, pourquoi dévorer en six mois le travail de toute l’année ? Pourquoi ne pas le distribuer uniformément sur les douze mois et forcer tout ouvrier à se contenter de six ou cinq heures par jour, pendant l’année, au lieu de prendre des indigestions de douze heures pendant six mois ?

[…] Abêtis par leur vice, les ouvriers n’ont pu s’élever à l’intelligence de ce fait que, pour avoir du travail pour tous, il fallait le rationner comme l’eau sur un navire en détresse.

[…] Méprisant les hautes considérations morales et industrielles des économistes, qui, comme des oiseaux de mauvais augure, croassaient que diminuer d’une heure le travail des fabriques c’était décréter la ruine de l’industrie anglaise, le gouvernement de l’Angleterre a défendu par une loi, strictement observée, de travailler plus de dix heures par jour ; et après comme avant, l’Angleterre demeure la première nation industrielle du monde. […] pour puissancer la productivité humaine, il faut réduire les heures de travail et multiplier les jours de paye et de fêtes.

(Voici, d’après le célèbre statisticien R. Giffen, du Bureau de statistique de Londres, la progression croissante de la richesse nationale de l’Angleterre et de l’Irlande : en 1814, elle était de 55 milliards de francs ; en 1865, elle était de 162,5 milliards de francs, en 1875, elle était de 212,5 milliards de francs).

Et pour conclure brièvement, un peu de rêve (utopique) :

[…] En régime (politique) de paresse, pour tuer le temps qui nous tue seconde par seconde, il y aura des spectacles et des représentations théâtrales toujours et toujours ; c’est de l’ouvrage tout trouvé pour nos bourgeois  législateurs. On les organisera par bandes courant les foires et les villages, donnant des représentations législatives. Les généraux en bottes à l’écuyère, la poitrine chamarrée d’aiguillettes, de crachats, de croix de la Légion d’honneur, iront par les rues et les places, racolant les bonnes gens. […] Dans la baraque, on débutera (le spectacle) par la Farce électorale. […] Puis commencera la grande pièce : Le Vol des biens de la nation...

28 juillet 2010

Souvenir, souvenirs !

C'est curieux comme un vieux souvenir peut vous tomber dessus, comme ça, sans qu'on s'y attende.

C'est ce qu'il vient de m'arriver, là tout de suite, au détour d'un mail reçu, sans que je m'y attende :  splash ! trois anciennes photos me sont tombées dessus et avec elles une avalanche de souvenirs nostalgiques de plus de trente ans d'âge.

Souvenir aussi d'une autre photo de mes archives ; celle d'un journaliste qui fut pour moi, en son temps, la matérialisation du fameux quart d'heure de célébrité cher à Andy Warhol, car la photo fut publiée en première page d'un « canard » local.

Souvenir d'une « vache » collective - nous étions deux à se poser quasi simultanément dans ce champ de patates, près d'Orléans à moins de 10 km du terrain, après sept heures d'un vol harassant de 367 km sur la campagne. Souvenir aussi d'une intense frustration, d'autant plus intense pour moi qu'il s'agissait de la troisième journée consécutive de vache...

Souvenirs d'un concours régional - mon premier concours officiel de vol à voile - qui me fit découvrir le petit monde hargneux de la compétition en me sortant de la routine de l'instruction de vélivoles en devenir, découvrir aussi les frustrations d'une «task » avortée si près du but final comme ici dans un vulgaire champ de patates...

Photo-Souvenirs enfin de tous ces gens qui m'entouraient à l'époque : une épouse future et ses parents, ma sœur et un tout nouvel ami-vélivole qui à l'époque était en pleine tourmente affective... Fantômes dont l'affection ou l'amitié qu'ils me portaient s'est bien diluée depuis...

Amers souvenirs donc d'une insouciante jeunesse aventureuse à jamais envolée (si j'ose dire).

Vache_Mardie

24 août 2009

La "Barre des Ecrins"

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Les faces Nord de la Barre des écrins

A propos de long vol, hier à encore été une journée faste en exploration à longue distance, mais aussi en émotions. Toujours sous la conduite éclairée de l'ami Daniel dans son ASW20, j'ai pu reconnaître les « portes de la vallée de la Maurienne » (près de l'Alpes D'huez) qui, une fois de plus étaient fermées. Faible déception en vérité, puisque que le retour à la base s'est fait par l'ouest en longeant la Barre des Écrins (face Nord). De toute beauté (voir photo)...

C'est pendant la retour vers le sud, que ça s'est détérioré sérieusement car des formations orageuses sur le Mercantour et la région de Puimoisson nous barraient le chemin du retour, nous obligeant à tenter le passage par l'ouest de la chaîne, d'aérodromes en aérodromes (Aspres sur Buech, Serres la Batie, Laragne, Sisteron, puis St Auban) pour le cas ou...

Premier point bas sérieux à 1000m sol sur la Montagne de Chabre près de Laragne où l'on a fini par grappiller seulement 400m. Ensuite en avançant vers les premiers contreforts de la Montagne de Lure qui sont sous le vent de cette même montagne. On se reprend encore une terrible « gamelle » de plus de 1000m avant de franchir la crête.

Après la crête de Lure, c'est vraiment la « cata » : un très gros nuage orageux à l'est du terrain de St Auban aspire toutes les ascendances du coin, et mon accompagnateur se voit contraint de s'y poser. Pour ma part, comme je suis dans une bien meilleure machine, je parviens à « accrocher » assez bas (450m sur le plateau au S-E) une miraculeuse ascendance qui me permet d'atteindre la hauteur de 1100m au dessus du plateau de Valensole et de parcourir les 23 km restants pour rentrer à Puimoisson en toute sécurité : l'honneur de l'apprenti « circuiteur » de montagne étant sauf...


vol_du_23Aout09

23 août 2009

Objectif : Bardonecchia

Hier après-midi, j'ai enfin pu faire un grand vol de distance (plus de 300 km) au dessus des plus hautes montagnes des Alpes du sud. Cela grâce à la gentillesse d'un pilote français de Colmar qui possède une bonne connaissance de tous les cheminements favorables.

Fort patiemment, il m'a guidé depuis Barcelonnette au dessus des massifs du parc naturel du Queyras vers Briançon (à 4000m) puis passée la frontière italienne, vers le col d'Etache au N-Est de Bardonecchia (près du tunnel de Fréjus) à plus de 3000m. Au retour après avoir approché le Mt Pelvous au cœur de la barre des Écrins (en haut à gauche sur la carte ci-contre), nous avons emprunté ce qu'on appelle ici « la voie royale » au travers du massif des Écrins. Une pure merveille cette partie du vol, à  jouer l'évitement des nuages qui montent à l'assaut de tous les abruptes des pentes de ces splendides rocailles... Sentiments d'humilité de se trouver ainsi, si petit, si frêle dans son cockpit au milieu de ces masses granitiques grandioses...

Malheureusement, je n'avais pas du tout prévu de faire un aussi beau vol et donc je n'avais pas pris d'appareil photo.

En somme, une bien belle journée de 5 heures de vol. J'en suis sorti si énervé que je n'en ai pas bien dormi (réveil d'un bon à 5 heures du mat...).


vol_du_22Aout09


carte du vol du 22 Août

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