Assez souvent ici ou là, au détour de quelque conversation mondaine, on peut entendre le « vulgum pecus » (évidemment d'un certain âge) déplorer ce qu'il a tendance à appeler : « l'effet détestable » de toutes ces nouvelles technologies personnelles de communication sur les antiques pratiques de socialisation. Pêle-mêle, on peut entendre : «…aujourd'hui, les gens passent de plus en plus de temps derrière leur écran..., ils ne se parlent plus que par écrans interposés…».

Pour ma part, j’aurais tendance à croire qu’il ne faut pas voir cela comme quelque chose de néfaste pour les relations humaines. Ce ne sont seulement que de nouvelles possibilités en plus et non pas à la place de. Des choses dont les gens ont un réel besoin, sinon ils ne les utiliseraient pas massivement, des  choses qui viendraient augmenter les possibilités de dialogue, d'échanges, de rencontres même…

La convivialité comme ils disent, elle n’avait pas besoin de ces technologies de la communication pour en prendre un sacré coup. Dans ce pays, les gens sont en général plutôt « frileux », ils se méfient de l'autre, de leur voisin, surtout si celui-ci leur sourit (à ce titre je pourrais développer au moins deux anecdotes de voisinage autour de mon arrivée de « parisien » à Gallardon (Eure & Loir)... A cette époque j’étais de « ces étrangers qui achètent nos maisons » et dont il faut se méfier surtout s’ils viennent vers vous car « c’est certainement pour vous prendre quelque chose d’autre »…

En France, partout (j’ai expérimenté le bassin parisien, mais aussi le Sud-ouest, le pays basque…), les gens ne sont pas très accueillants de prime abord ; certainement pas comme le passant peut être accueilli par exemple en orient, au Liban, au Maroc, ou encore au Canada francophone…

A propos de convivialité, je me souviens d'une brève escale à Gibraltar, au retour d'un périple de tourisme aérien au Maroc, afin d'y passer le réveillon du premier de l'an. Alors que nous déambulions dans les rues, sans autre but que de découvrir cette cité pour le moins exotique, nous avons été invité plusieurs fois à entrer dans les maisons, comme ça, sans façons, en toute cordialité, en toute amitié internationaliste je dirai... Je garde de ce moment, de tous ces "anglo-hispaniques" attachants, un souvenir plus qu'ému...

La « convivialité » comme les gens le disent ici ne s’exerce en général que pour un tout petit cercle assez restreint de proches, d’amis ; c’est ce que j’ai pu constater en général... Sauf si on est quelqu’un d’exceptionnel, d’exotique - un peu comme le turc des Lettres persanes de Montesquieu. Je m’explique : Cela fait 40ans au bas mot, que je me pose « aux vaches », dans un champ avec un planeur, un peu partout en France, et qu’ensuite je suis tributaire de la venue tardive de mes « dépanneurs »… Donc je dispose de pas mal de temps d’attente que je consacre volontiers à l’exploration de l’environnement géographique, mais aussi humain. En général des gens viennent voir surtout le planeur, parfois en nombre. Les urbains ont tendance à ignorer totalement le pilote, les ruraux aussi, sauf si celui-ci va volontiers vers eux (c’est mon cas, car j’ai toujours le cœur d’un géographe de terrain) ;  j’invite les enfants à s’installer au poste de pilotage pour voir (éventuel éveil de vocation) et, de fil en aiguille, l’extra-terrestre que je suis alors s’humanise aux yeux de mes interlocuteurs, et je suis invité à partager une boisson, un repas, voire même à dormir chez les gens. Chez les agriculteurs, je peux visiter l’exploitation, participer à la traite des vaches, ou même à monter sur la moissonneuse-batteuse en activité...  Ça m’est arrivé, assez souvent, un peu partout, en Champagne, dans le Perche, près de Chatelleraux, du côté de Loué, du Mans et même dans les Pyrénées espagnoles (en montagne) ; mais seulement en tant qu’extra-terrestre tombé du ciel…

Je crois vraiment, cela depuis bien longtemps, que la supposée convivialité dont les uns ou les autres se gargarisent volontiers, l’ouverture à l’autre dans cette société, n’est qu’un mythe purement rhétorique, une illusion qui cache la réalité d’un monde microcosmique méfiant et replié sur une sorte d’entre-soi très homogène.